Salut les amis,
Me voici de retour sur ce cher Forum francophone après quatre mois d'absence.
Qu'est-ce que j'ai bien pu fiche pendant ces quatre mois?
Hé bien voilà: en décembre, j'ai découvert Usine.
J'en avais déjà un peu parlé à l'époque ici-même et certains des plus curieux d'entre vous sont allés voir, ont téléchargé la version free et ont testé.
Ah, oui, mais comment tester ce truc?
Ça sert à quoi, en fait?
Come eux, probablement, j'ai commencé par faire ce que je fais habituellement dans Reaktor, puisque c'est un modulaire. Et pi j'ai failli abandonner. Pas vous?
Trop strange, ce truc. J'ai lu ailleurs un mot savant:
abscons (même pas de définition sur le web). D'autres auraient peut-être dit: imbaisable.
Mais PlanèteKB y s'est mis en orbite, il a réglé son écliptique et y s'est accroché, sentant qu'il y avait là matière à matérialiser de la musique.
Au bout de quatre mois, quand même, c'est de bonne guerre que je vous en parle mieux, pas vrai?
Donc, qu'est-ce qu'est cette Usine?Un logiciel modulaire qui hoste ou wrappe les VSTs et VSTis et qui permet, par-dessus le marché, de créer des patches les contenant et y ajoutant des tas de trucs marrants (pas visuellement, hein, on parle de musique, ici!).
Doté de je ne sais combien de modules façon Reaktor: des Audio, des Midi, des Data, des Math, des Tableaux, des OSC, des String (traitement de chaines de texte), des Analysis (Enveloppe follower ou ZeroCrossing), des EventsControl (interception d'événements), des Interface Control (interaction totale avec le logiciel, le clavier, la souris, les snapshots, la synchro, etc...), des faders et autres contrôles de patches basiques mais efficaces, plus plein de patches montés qu'on peut détruire..., bref, du modulaire, abrégeons donc...
Euh, non, j'oubliais: hé-hé... Y en a que ça va rendre dingues, je le sens. Allez, je le dis: on peut aussi écrire des scripts! Faire un module, soi-même, juste en tapant des lignes de code. Warf, houlà, je m'éclate. Mortel.
Et tout ça se présente selon deux approches possibles, toutes deux parfaitement nouvelles et uniques, à ce qu'il me semble:
1. en tranches de console virtuelle
2. en track de séquenceur
...guéé? ah bon? mais euh... houlàààà...
Hop, on se calme, j'explique.
1. tranches de consoleCe mode est appelé Grid Mode. Bon, OK, ça ressemble un peu à une grille. Y z'auraient peut-etre mieux fait d'appeler ça "Slice Mode".
Alors, une console de mixage, vous savez comment c'est. Tranche 1, tranche 2, etc... avec des entrées et sorties auxilliaires, des pré et des post, etc... Un master, un CR out (contrôle). Une surface de contrôle, si vous préférez. Une console orientée surround (ou pire, les amateurs d'
acousmodules s'éclatent avec).
Sur une console, on trouve à peu près au milieu de chaque tranche trois potars de filtre. Sur celle d'Usine, au lieu de ces trois malheureux potars, il y a un espace à combler. Et là, on met absolument tout les patches qu'on veut.
Je peux vous dire que Reaktor y fait des miracles. Mais aussi Absynth, FM8, ou, je ne sais pas, le Moog Modular d'Arturia, ou GlaceVerb... Bon, tout ce qu'on veut, je crois que c'est clair. Votre méga ensemble Reaktor, plaf, dans Usine, à peine plus gros qu'un module Selector - et moins lourd qu'en standalone (et direct en 32 bits float).
On peut "stacker" là autant de patches que nécessaire, sur seize tranches (toutes stéréo, non mais quoi). Chaque Out de tranche peut également être patché à donfe, ainsi que le master Out (par exemple pour un limiter), sans parler des In...
Si y en a qui se sentent encore à l'étroit, je sais pas ce qu'on peut faire pour eux!
Ensuite, oui, c'est bien joli mais ça marche comment?
Il faut savoir qu'on peut avoir un seul patch actif par tranche, mais qu'Usine dispose d'un système comparable aux snapshots appelé "Conductor". Là, on enregistre toutes les configurations de patches et de tranches qu'on veut, on peut leur spécifier un délai d'activation quantifié ou simplement une sorte de fadding (c'est le morphing de Reaktor) de la durée qu'on veut, réglable en millisecondes. Les patches peuvent ainsi être activés ou désactivés. Ces patches pouvant être dotés de contrôles de réglages, les réglages sont bien sûr enregistrés par le Conductor.
En fait, l'image qui me vient à l'idée pour décrire la philosophie de ce truc, c'est comme seize juke-boxes. Dans le juke, il n'y a pas que des chansons, il y a aussi du karaoké, voire juste un rack d'effets. Y a qu'à sélectionner, et c'est parti...
Beaucoup de testeurs m'ont semblés déroutés par l'aspect vertical du Grid Mode d'Usine. Ben cette blague! Et les tranches d'une console, elles sont dans quel sens?
Ah, et j'oubliais: pas de clicks et de cracks au cours des changements de snapshots. Ça vous dit quelque chose?
2. séquenceur de patchesAlors là, vous n'allez pas en croire vos oreilles. C'est pas du midi, c'est pas de l'audio, c'est des patches. Et alors? Bien sûr que vous pouvez mettre du MIDI dans vos patches, avec piano-roll et sampler. Et que vous pouvez y mettre de l'audio, dans vos patches. Bien sûr. Mais ce n'est pas la
finalité. Au final, on joue, en live, sans filet. Usine est fait pour les musiciens qui jouent. Ce n'est pas un séquenceur pour se faire ses tracks et se les mixer. C'est un séquenceur pour vous assister en gig ou en impro.
On peut y looper, y faire son break, sauter d'un marqueur à l'autre, avoir ses patches exactement au bon moment à disposition pour le bon effet sur les vocaux, pour avoir le bon sythé sous les doigts ou pour démarrer la bonne groove-box.
Mais ce n'est pas tout. Qui dit séquenceur dit automation. Eh ben yaka! C'est fait pour. Traçez vos courbes sur le depth de la réverbe, ou sur le tap du delay, ou sur le panoramique, ou encore sur la manière dont le sampler va restituer ses samples (à l'endroit, à l'envers, dans l'ordre ou au hasard). Ça glisse tout seul, pile à l'heure.
Les patches peuvent être clonés pour réaliser des grooves. 300 fois, ça fera pas un gramme de CPU en plus qu'une seule.
Enfin, une fois là, sur scène quand il fait bien chaud, on se passe du séquenceur, il peut afficher sous forme de Grid (console) qui se met à jour automatiquement, voire s'être construit une fenêtre d'interface, se l'être skinnée et tout, avec juste ce dont on a besoin dessus et rien de plus. Voire poser la machine dans un coin et faire sa musique sans s'en occuper. C'est une question de préparation. Certains aiment bien tout faire avant pour n'avoir plus qu'à jouer, d'autres se réalisent des bibliothhèques de tous les patches possibles et imaginables et se lancent sur scène sans savoir le moins du monde dans quel ordre ils vont les prendre.
Ah, j'oubliais: la fonction Tap-Tempo fonctionne au quart de micro-poil. Et même, pour ceux qui ne veulent plus faire tap-tap, on trouvera un patch dans les downloads qui parrait-il détecte bien. Ceux qui se seront penchés sur la question sauront que cette fonction est un vrai casse-tête de programmation. Il semblerait que Sensomusic s'en soit joué. Pas testé, je n'ai pas d'avis perso sur la question.
Enfin, ce n'est plus le musicien qui doit le respect à la machine. Ça, moi, si j'étais une machine, ça me déplairait au plus haut point. Mais y strouve que je suis musicien.
Enfin, et c'est à mon avis là aussi une grande idée: en mode Grid comme en mode Sequencer, on n'a visible à l'écran
que les patches actuellement utilisés. C'est un peu comme si, dans Reaktor, vous aviez une fonction qui vous masqurait les fenêtre d'instruments lorsqu'ils ne sont pas utilisés, et vous les afficherait dès qu'ils entrent en action.
Je ne vous raconte pas le confort!
Et assez délirant aussi, le prix. Ni 300, ni 200, ni même 100 mais 50 €. Bon, j'avoue que l'a bien fallu tirer sur quelque chose pour pouvoir en arriver là. Ce quelque chose, c'est la doc. Il n'y en a "que" 154 pages. Que ça, ben oui. Alors qu'Usine, franchement, on pourrait en parler autant que Reaktor. Les francophones regretteront qu'il n'en existe pas en français, puisque Sensomusic est français. On pourrait même se sentir plein d'entrain et se porter volontaire pour la trad. Mais autant oublier: le logiciel évolue plus vite qu'il n'en faut pour traduire la doc...
Ça fait quatre mois que je me suis mis à Usine.
Leur forum est top. Les réponses ultra-rapides, ultra-efficaces. Je suis sûrement loin d'être un expert, mais ce n'est pas grave: je fais ma musique. Je la fais comme je veux. Je ne ressens plus de frustrations devant des problèmes insolubles à la con (genre Tap-Tempo évoqué ici il y a quelque temps) car je n'ai encore rien rencontré d'insoluble. Et en plus, ça me donne l'impression que je suis balaize. Si ça continue, je vais me prendre pour un génie.
Voilà, les amis.
J'espère qu'avec cette contribution j'ai dissipé quelques épais nuages concernant cet OVNI qu'est Usine de Sensomusic.
Si vous voulez tester,
c'est là. Il s'agit de la dernière version 2.8 qui est très évoluée par rapport aux précédentes (dont vous pouvez tout oublier).
Et si vous avez plein de questions à me poser, ne vous dites pas qu'elles sont connes mais posez-les moi, c'est plus simple comme ça.
Et si c'est trop compliqué pour moi, ça me fera progresser.
Qu'est-ce que j'oublie?
Oui, voilà:
Un grand merci à notre Swoonboy international francophone pour cette nouvelle rubrique au forum. Une excellente idée.
Les VST wrappers modulaires, c'est un avenir très prometeur.
Merci swoonboy.
À Bientôt!